Appel pour la paix et le désarmement

Roger Somville, Gaspard De Wit : Le Triomphe de la Paix, 1963

 

Par un collectif d’intellectuels Espagnols

Publié le 13 mars 2025 par ce collectif sur openPetition

 

Alarmés par les déclarations de dirigeants européens présentant la Russie comme une menace pour toute l'Europe si elle n'est pas stoppée en Ukraine, des professionnels de plusieurs pays ont rédigé un manifeste en faveur de solutions diplomatiques, de la paix et du désarmement. 

Si nous condamnons sans équivoque l'invasion de l'Ukraine par la Russie, nous pensons que ces déclarations, y compris celles de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, ne visent qu'à «fabriquer du consensus » parmi les citoyens autour du réarmement.

Le réarmement accéléré qu'elles proposent aura certainement un impact très négatif sur les services publics, érodera l'Etat providence, augmentera la dette publique et surtout, en l'absence d'accords de contrôle des armements, rendra plus probable une guerre avec une puissance atomique comme la Russie. Nous demandons votre signature pour dire à nos gouvernements de travailler pour la paix et non pour les entreprises d'armement.

Raison

Alarmés par le langage orwellien qui s’est imposé dans le discours politique européen, selon lequel la guerre est le chemin vers la paix tandis que la paix ne mène qu’à davantage de guerre, nous lançons un appel au bon sens.

Nous, citoyens européens, sommes devenus les passagers involontaires d’un train conduit par des dirigeants qui, sous prétexte déclaré de « faire saigner la Russie », entendent ignorer les conséquences désastreuses d’un conflit dans lequel nous serions tous perdants.

À la veille des conflits européens précédents, par exemple la Première Guerre mondiale, de courageux intellectuels des nations opposées, dont Jean Jaurès, Romain Rolland, Bertha von Suttner ou Bertrand Russell, se prononcèrent publiquement en faveur de la paix, même si malheureusement leurs voix ne furent pas entendues.
Aujourd’hui, dans tous les pays, le silence des intellectuels est tonitruant. Tout comme le reste des citoyens européens, ils semblent anesthésiés de manière inquiétante. Et quand quelqu’un décide de faire entendre sa voix en faveur des solutions diplomatiques, il est taxé illico calomnieusement de « marionnette de Poutine ».

Nous condamnons sans équivoque, car contraire au droit international, l’invasion russe de l’Ukraine, mais nous sommes conscients que cette tragédie est aussi une conséquence de la persistance d’une organisation militaire, l’OTAN, qualifiée de « défensive » et qui, loin de se dissoudre —vu qu’elle n’avait plus le bloc communiste en face—, a continué de s’étendre et a poussé son expansion jusqu’aux frontières mêmes de la Russie face aux promesses qui lui avaient alors été faites au plus haut niveau.
La guerre en Ukraine dure déjà trois ans ; les victimes des deux côtés dépassent de loin le million, compte tenu des morts, des blessés et des mutilés à vie, même si aucun des pays opposés ne donne de chiffres officiels. À cela s’ajoutent les millions d’Ukrainiens qui ont fui leur pays, certains vers l’Europe occidentale, d’autres vers la Russie, tous essayant d’échapper à la violence. Un véritable désastre humain.

Les États-Unis de Donald Trump, plus préoccupés par ce qu’ils perçoivent comme la puissance croissante de la Chine ou la situation au Moyen-Orient, semblent déterminés à piller l’Ukraine et, ce faisant, à endetter l’Europe, affaiblissant encore davantage notre État social, au profit de l’industrie militaire états-unienne.
Et nos gouvernements, refusant d’accepter que, compte tenu du rapport de forces inégal, la guerre est perdue d’avance, soutiennent le président ukrainien en promettant d’envoyer davantage d’armes et d’argent pour que l’armée ukrainienne continue de se battre jusqu’au dernier homme ou la dernière femme.

Tout cela alors qu’ils proposent de militariser expéditivement nos nations mettant en avant l’épouvantail d’une confrontation avec la Russie.
Nos dirigeants ont-ils pensé que, puisque les accords de limitation des armements signés pendant la guerre froide et qui ont tant contribué au maintien de la paix n’existent plus, la confrontation militaire avec une puissance nucléaire comme la Russie pourrait conduire à une troisième guerre mondiale, cette fois définitive ?

Nous appelons les hommes politiques à ne pas oublier les deux grandes guerres qui ont ensanglanté le continent au siècle dernier et, abandonnant la novlangue de George Orwell, à œuvrer activement en faveur des solutions diplomatiques.
C’est le seul moyen d’éviter de futurs massacres qui dévasteront les nations au seul profit de la puissante industrie de l’armement.

 

Publication originale et pétition sur openPetition


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